lundi 31 août 2026

Exclusif : Les archives révèlent que l’affaire Seznec dissimulait bien un secret d’État



En 1923, l’affaire Seznec porte notamment sur un projet d’achat et de revente d’automobiles destinées à la Russie soviétique. Cet aspect de l’affaire est largement connu : la presse en parle abondamment et les pièces de l’instruction mentionnent elles aussi cette destination.

Parallèlement, certains services de l’État disposent déjà de renseignements précis sur des achats et des transferts d’automobiles de la France vers la Russie soviétique. Ces informations concernent plusieurs marques et démontrent que de telles opérations sont réelles, organisées et connues des plus hautes autorités de l’État.

Le problème est que ces renseignements ne semblent jamais avoir été communiqués aux enquêteurs chargés de l’affaire. Or ceux-ci n’avaient pas nécessairement accès aux dossiers relevant de la surveillance administrative et du contre-espionnage. Il appartenait donc aux responsables qui détenaient ces informations de les transmettre afin que les enquêteurs puissent vérifier si elles avaient un lien avec l’affaire Seznec.

Il ne s’agissait pas de démontrer d’emblée qu’un intermédiaire surveillé était impliqué dans le marché précis évoqué dans l’affaire. Il suffisait de signaler qu’un intermédiaire ou un réseau réalisait déjà, en France, des achats automobiles pour le compte d’intérêts soviétiques. Il appartenait ensuite aux enquêteurs de procéder aux vérifications nécessaires et, le cas échéant, de remonter jusqu’aux personnes qui organisaient ces opérations. 

C’est précisément à cette tâche que je me suis attelé : reprendre cette piste, rechercher les intermédiaires, reconstituer les circuits commerciaux et vérifier si les éléments retrouvés pouvaient correspondre à ceux décrits dans l’affaire Seznec

Cette absence de transmission est d’autant plus grave que l’article 29 du Code d’instruction criminelle, alors en vigueur, imposait aux fonctionnaires et aux autorités publiques de transmettre au parquet les renseignements relatifs aux crimes et délits dont ils avaient connaissance dans l’exercice de leurs fonctions.

Pour que des informations susceptibles d’éclairer une affaire criminelle soient ainsi tenues à l’écart de l’enquête et de la justice, alors qu’elles étaient connues au plus haut niveau de l’État, il fallait que d’autres intérêts, jugés supérieurs, soient en jeu.

Le commissaire Vidal a foncé tête baissée vers celui qu’il croyait être le criminel. La justice, enfermée dans la même vision, n’a rien vu. Quant au jeune Bonny, âgé de vingt-huit ans, il était bien incapable d’être l’architecte d’une machination d’une telle ampleur.

Ceux qui savaient, au sommet de l’État, ont fait passer la raison d’État avant les exigences de l’enquête judiciaire. Les autres protagonistes ont disparu du champ de l’enquête, trop heureux d’échapper à la justice — au moins cette fois-ci.

Il ne restait alors que Guillaume Seznec : le coupable idéal, qui s’était brûlé les ailes dans une affaire dont il ne comprenait probablement plus les véritables enjeux, même s’il pouvait, par ailleurs, être l’auteur ou à minima l'utilisateur de faux documents.

La suite et les preuves...pour bientôt

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