dimanche 30 août 2026

L'émergence de la vérité sur l'affaire Seznec




J’ai donc récupéré un lot d’archives inédites. Ces archives ne concernent pas directement l’affaire Seznec. Parmi elles figurent pourtant plusieurs documents relatifs aux personnes qui sont à l’origine de cette fameuse affaire de Cadillac.

Lors du procès de Guillaume Seznec, le procureur général Guyot avait affirmé que cette affaire de Cadillac n’était qu’une invention de Seznec.

Elle a pourtant bel et bien existé, dans des conditions qui correspondent aux éléments détaillés dans le dossier d’instruction, notamment au procès-verbal de Salaün, fondé de pouvoir de la banque de Pierre Quéméneur, ainsi qu’à ce que Guillaume Seznec lui-même en savait.

Toutes les théories, hypothèses et constructions romanesques développées autour de l’affaire Seznec sont erronées. Personne n’avait réussi, jusqu’à ce jour, à percer réellement le mystère.

La plus invraisemblable reste finalement celle retenue par la justice. Il faut se rendre à l’évidence : la justice a été abusée, voire manipulée.

L’enquête de police judiciaire et celle menée par le commissaire Vidal, de la Sûreté générale, ont elles aussi été tronquées.

Les supérieurs du commissaire Vidal détenaient des informations sur des éléments essentiels de l’affaire. Ces informations sont remontées jusqu’au directeur de la Sûreté générale, puis ont été transmises au ministre de la Guerre, au ministre de l’Intérieur et au chef du gouvernement.

Lorsque l’affaire Seznec éclate véritablement, à partir de la fin juin et au cours du mois de juillet 1923, les principaux responsables du gouvernement français ne pouvaient ignorer des informations qu’ils recevaient depuis plusieurs mois.

Des personnes comme Denis Seznec ont bien senti, intuitivement, qu’il existait derrière cette affaire quelque chose qui pouvait relever de l’affaire d’État. Il a imaginé un vaste trafic de Cadillac à destination de la Russie, dont auraient bénéficié des membres corrompus du gouvernement français avec l’aide de Bonny. La thèse était séduisante, mais elle ne résistait pas aux faits.

La justice, elle aussi, a senti qu’il manquait quelque chose, qu’un pan entier de l’affaire demeurait caché. Cela explique en partie le soin apporté aux différentes demandes de révision.

Sur les faux documents, il était possible d’y voir la main de Seznec. Mais concernant le crime supposé, rien ne collait. Pas de cadavre. Pas de témoin du crime. Pas d’arme. Pas d’indice matériel. Pas de véritable pièce à conviction. Pas même une hypothèse crédible permettant de reconstituer le déroulement du meurtre.

Uniquement des éléments circonstanciels, parfois très éloignés du crime lui-même.

J’ai commencé à me pencher sur l’affaire Seznec vers 2006. À l’époque, je pensais Guillaume Seznec coupable. Je l’ai pensé jusqu’à ce que mes recherches me conduisent à approcher la vérité. Il m’a alors fallu admettre que, même s’il avait pu être à l’origine de certains faux documents, en aucun cas il n’avait tué Pierre Quéméneur.

Aujourd’hui, j’ai pu reconstituer la trame générale de l’affaire.

L’affaire Seznec est un immense puzzle. Certaines pièces ont disparu, d’autres manquent encore, mais le puzzle est désormais suffisamment reconstitué pour que l’image générale soit visible.

Je suis chercheur indépendant et j’ai effectué un travail d’historien. Il faut distinguer le travail de l’historien de celui de l’enquêteur de police judiciaire.

L’enquêteur travaille à chaud. Il recherche des témoins, des indices et des pièces à conviction. Plus le temps passe, plus une brume s’installe autour des faits et plus il devient difficile de corriger les erreurs ou les lacunes de l’enquête initiale.

L’historien travaille à froid, avec le recul du temps. Il recrée l’environnement de l’époque. Il confronte le dossier d’instruction, les dossiers de police et des archives de provenances diverses. Il recherche des liens et des connexions avec des faits dont les enquêteurs de l’époque n’avaient parfois aucune connaissance.

Il reconstruit ce qui s’est passé.

L’historien ne dispose évidemment plus des moyens d’une enquête criminelle menée immédiatement après les faits. Sur une affaire vieille d’un siècle, les témoins sont morts et les pièces à conviction ont disparu. Un historien n'est pas un juge d'instruction avec le pouvoir de réorienter une enquête de 1923 avec les connaissances de 2026.

Les lacunes et les erreurs commises à l’époque sont souvent impossibles à rattraper.

Un témoin essentiel qui n’a pas été interrogé, un document qui n’a pas été demandé, un déplacement ou un horaire qui n’a pas été vérifié en 1923 ne peuvent généralement plus l’être cent ans plus tard.

Mais l’historien dispose d’un autre avantage : le recul.

Il peut confronter des archives qui n’avaient jamais été rapprochées, replacer les événements dans leur contexte, éliminer les impossibilités et retrouver des faits dont les enquêteurs ignoraient l’existence.

Il ne retrouve pas nécessairement la preuve matérielle qui aurait pu être saisie en 1923. Mais il peut s’approcher de la vérité, la cerner et, finalement, la reconstituer.

Quelle est donc cette vérité ?

L’affaire Seznec s’est retrouvée à la marge d’une autre affaire, infiniment plus importante à l’époque.

Cette autre affaire est depuis tombée dans l’oubli. Ses conséquences, elles, ne l’ont pas été.

Elle permet aujourd’hui d’éclairer une partie obscure, voire cachée, de l’affaire Seznec.

Ces éléments, personne n’y avait eu accès jusqu’à présent.

Il est toutefois possible que certains services de renseignements français aient retrouvé ou consulté une partie de ces informations, classifiées, lors de demandes de révision, notamment autour de 1950 puis vers 1985. Ce point reste à éclaircir.

Je suis actuellement en train de rédiger un texte qui servira de document de référence et dans lequel seront naturellement présentées toutes les preuves permettant d’étayer cette reconstitution.

Je reste également dans l’attente de réponses provenant d’archives françaises et étrangères qui devraient permettre de confirmer certains détails. Mais, dans son ensemble, la trame est désormais constituée. Les documents encore attendus pourront la préciser, la compléter ou renforcer certains points. Ils ne modifieront plus la structure.

Lorsque ce travail sera terminé, je prendrai une décision sur la manière de le rendre public.



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