mardi 11 janvier 2022

Une nouvelle demande de révision de l'affaire Seznec vue par le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti

Le moins que l'on puisse dire est que le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti n'est pas d'un enthousiasme débordant à l'idée de rouvrir pour la nième fois le dossier du bagnard. Pour le ministre, dans un courrier en date du 4 aout 2021 adressé à Bertrand Vilain, "l'affaire Seznec est une affaire historique qui s'est déroulée il y a près d'un siècle". Il arrive à nous situer l'affaire dans le temps, c'est déjà ça. D'un autre coté, on ne peut pas lui reprocher un certain manque d'intérêt, lui qui doit gérer l'un des trois piliers de la République qui se trouve quasiment à l'état de ruine. Les prisons sont surchargées, les délinquants notoires et multirécidivistes sont relâchés le jour même de leur arrestation, les dealers font la loi à coup de rafales d'armes automatiques, le terrorisme plane sur nos têtes. Le Code pénal n'est plus appliqué sauf pour les délits et crimes les plus graves, et encore ou alors quand l'Etat peut récupérer des sous comme les excès de vitesse à 81 km/h avec les nouveaux véhicules avec radar mobile. 

Toutefois, pour la justice, ne pas reconnaitre l'innocence de Guillaume Seznec cela fait un peu souillon en 2022, surtout avec ce que nous savons maintenant de cette affaire "de près d'un siècle". La police et la justice n'ont fait aucune recherche pour retrouver l'américain Charly. Il est avéré qu'il y a bien eu une affaire de Cadillac avec la Russie des Soviets impliquant la Tcheka de Felix Dzerjinski. Il est avéré que Pierre Quéméneur et Guillaume Seznec connaissaient des détails de cette affaire. Le seul lien possible entre Felix Dzerjinski et nos marchands de bois bretons s'appelle Léon Turrou, américain d'origine Russo-polonaise, agent du FBI, Lieutenant Colonel au CID, menteur pathologique et escroc patenté. Le lien entre Turrou et Quéméneur est une annonce d'un journal publiée en février 1923. 

Seznec a dit la vérité. Cette vérité est vérifiable. Il n'est pas le dernier à avoir vu vivant Quéméneur. Il n'avait aucun intérêt à voir son ami disparaître, bien au contraire. Il n'y a aucun mobile, pas de cadavre et pas d'arme du crime. Rien qu'une vague hypothèse, reposant sur des sophismes, née dans l'imagination d'un juge. Il est prouvé que Seznec est innocent de la disparition de Pierre Quéméneur. Est-ce qu'il a fait des faux ? je ne le pense pas. Il a probablement recopié un accord et contrat existant mis en place pour cette affaire de Cadillac. Seznec a-t-il été au Havre ? je n'en sais rien. C'est possible mais étant donné le grand n'importe quoi de toute l'enquête qui a été menée à charge, je ne le jurerais pas. Fort heureusement, je ne suis pas juge.

J'attends avec une certaine sérénité non dénuée d'impatience la suite...Eric Dupond-Moretti va-t-il contribuer à décharger la mémoire du mort ? pas sur, à moins que les médias ne lui forcent la main.


Eric Dupont-Moretti

Courrier du ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti

(copyright © 2022 monsieurBrocanteur, reproduction interdite)

lundi 10 janvier 2022

La faute du magistrat rapporteur Castagnède

Jean-Louis Catastagnède est un haut magistrat auprès de la cour de Cassation. Lors de la révision de 2006, il occupait la position de conseiller rapporteur. Selon le dictionnaire juridique: «Devant la Cour de cassation, un Conseiller rapporteur est désigné dans chaque affaire, pour rédiger un rapport écrit dans lequel après avoir relaté succinctement les faits et la procédure suivie, il analyse en détail les moyens de droit fondant le pourvoi lesquels sont étudiés tant au regard des Lois que de l'évolution de la doctrine et de la jurisprudence. Le rapport se termine par l'énoncé de l'opinion du Conseiller sur la nature de la décision qui lui paraît devoir résulter de son analyse. Le rapport est suivi de l'avis du Parquet général.»

Un des points analysé par le conseiller rapporteur Castagnède concerne la possible machination policière dont l’inspecteur Bonny serait l’instigateur.

Bonny est fusillé en décembre 1944 pour des faits de collaboration. Il était le dirigeant avec Lafont d’une officine de la Gestapo française. Son comportement criminel pendant la guerre, ainsi que son rôle dans l’affaire Prince et Stavisky, ont levé des doutes sur la probité de l’enquête sur l’affaire Seznec.

Selon Denis Langlois,"Pierre BONNY était le secrétaire greffier du Commissaire VIDAL et disposait de pouvoirs importants. Il avait accès à l'ensemble du dossier et notamment aux documents considérés comme faux qui, contrairement au Code d'instruction criminelle, n'avaient pas été déposés et enregistrés au greffe du tribunal de MORLAIX. Il manipulait à sa guise les sceaux et les tampons.»

De même, dans son mémoire Maître Jean-Denis Bredin fait valoir que "BONNY aurait joué un rôle primordial dans l'instruction de l'affaire SEZNEC qu'il aurait personnellement conduite (aux côtés du Commissaire VIDAL)".

Selon Bernez Rouz : «Bonny est présent lors des premières dépositions au siège de la Sûreté générale, rue des Saussaies [soit le 28 juin 1923] . Il accompagne également son patron [le commissaire Vidal] lors de la reconstitution des faits à Dreux et à Houdan les 29 et 30 juin 1923. Quand l’instruction fut confiée au juge Campion, il est présent lors d’une visite domiciliaire à Kerabri, perquisition menée conjointement par les commissaires Cunat et Vidal. Bonny est chargé, d’après les procès-verbaux officiels, des petites enquêtes de vérifications. Le 31 juillet 1923, on lui confie la tâche de retrouver le bidon d’essence portant des traces de rouille ou de sang séché...».

Enfin, le conseiller-rapporteur Castagnède, dans son rapport indique que l’inspecteur Bonny a également reçu mission de rechercher, à Paris, le nommé “Sherdly” ou “Chardy” dont Seznec faisait état. Il résulte du rapport établi par lui le 8 juillet 1923 qu’il s’était intéressé à un commerçant suédois du nom d’Oscar Scherdin, dont les bureaux étaient établis au 1 boulevard Malesherbes. Après avoir fait la “une”, au grand dam de ce Suédois, cette piste fut abandonnée. Ensuite, il fait le récapitulatif des pièces où le nom de Bonny apparaît : « soit sur quatre procès-verbaux, dont trois établis par son chef, le commissaire Vidal, et un par le commissaire Doucet, ainsi que sur cinq rapports rédigés, signés et transmis par lui-même.

Comme je l’ai déjà expliqué précédemment, le rapport Bonny du 8 juillet 1923 a été retiré du dossier d’instruction. De ce fait, ni les avocats, Denis Langlois, Jean-Denis Bredin, Yves Baudelot, ni Denis Le Her Seznec, ni Bernez Rouz n’ont eu accès au document. C'est la raison pour laquelle, le conseiller Castagnède est le seul à le mentionner.

Le conseiller cherche à démontrer que Bonny n’a eu que très peu d’influence sur l’enquête. Il veut montrer qu’il est intervenu dans un nombre faible de pièces et sous le contrôle de son chef, le commissaire Vidal. Le magistrat pousse l’audace jusqu’à effleurer sur le fond un des rapports rédigé par Bonny qui concerne la recherche de l’américain « Sherdly ». Il s’aperçoit que Bonny est en charge de retrouver cet américain. Il n’agit plus comme le secrétaire du commissaire mais il a la responsabilité de vérifier un point crucial de l’enquête.

Castagnède est sur le point de faire une découverte stupéfiante susceptible de remettre en cause la totalité de l’enquête. Il lui suffisait de pousser son raisonnement un peu. Sur la forme, son argument comptable lui donnait raison. Mais sur le fond, l’intervention de Bonny était-elle aussi insignifiante ? Finalement, la machination policière, si l’on veut conserver cette terminologie, n’était ce pas de n’avoir fait aucune vérification autre qu’une piste vite abandonnée comme le démontre le rapport Bonny ?

Le magistrat Castagnède s’arrête au milieu du gué et décide de ne pas aller plus loin. Non, il referme le dossier et ne se pose aucune question car en réalité son jugement est biaisé dès le départ. Il ne croit pas en l’innocence de Seznec. On peut toutefois lui donner des circonstances atténuantes, les plaidoiries de Bredin et Baudelot sont assez médiocres sur certains points.

Voilà la faute du conseiller-rapporteur Castagnède. Il a raté une chance d’élucider cette affaire en sortant de sa zone de confort. Il est décédé le 18 février 2007 à l’âge de 61 ans peu de temps après la décision de la cour de cassation.

 

conseiller-rapporteur Castagnede

 Conseiller-rapporteur Castagnède

(copyright © 2022 monsieurBrocanteur, reproduction interdite)

jeudi 6 janvier 2022

Bonny et l'affaire Seznec

Cette phrase me hante car elle est une des clefs de toute l'affaire Seznec, page 41, dans "Mon père l'inspecteur Bonny" de jacques Bonny :" Moi, qui avais participé à l'enquête, j'étais certain qu'il avait tué le conseiller général Quéméneur. Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai eu la certitude, pour ainsi dire formelle, que Seznec était innocent. Et pourtant, il est au bagne depuis plus de vingt ans et par ma faute, parce que je me suis trompé de bonne foi..."

Personne n'a jamais compris le sens de cette phrase. La cour de révision de 2006 : "Attendu que, les avocats de Denis Le Her-Seznec désignent ce fonctionnaire de police comme "l'agent essentiel de l'enquête" ; que, toutefois, l'examen des pièces de la procédure contredit une telle affirmation ; que, si Bonny, en sa qualité de secrétaire du commissaire Vidal, chargé notamment de la transcription, sous la dictée, des procès-verbaux d'audition, a été présent lors de la plupart des actes de procédure accomplis par son supérieur hiérarchique, son nom n'apparaît, dans le dossier de l'instruction préparatoire comprenant plus de 500 pièces cotées, que sur quatre procès-verbaux, dont trois établis par son chef, le commissaire Vidal, et un par le commissaire Doucet, ainsi que sur cinq rapports rédigés, signés et transmis par lui-même ;"

Bonny est en effet un inspecteur stagiaire par contre il y eu un rôle fondamental dans l'affaire Seznec.  Son chef, le commissaire Vidal, lui a donné la mission de retrouver l'américain au nom approximatif de Charly ou Cherdy au 6 ou 16 ou 26 Boulevard Malesherbes à Paris. Cette recherche s'est soldée par un échec. Bonny a écrit un rapport en date du 8 juillet 1923 indiquant qu'il a trouvé un certain Scherdin, citoyen suédois ayant son bureau au 1 Bd Malesherbes. Il reconnait le jour même qu'il s'agit d'une fausse piste. Les journaux reprendront cette fausse information quelques jours plus tard avant de rétro-pédaler en catastrophe.

Ce rapport est cité en 2006 par le magistrat rapporteur Castagnède qui en a reçu une copie. Malheureusement, Castagnède n'en fera aucun usage sur le fond car ce rapport est très dérangeant. La seule mention faite par la cour de révision : "ainsi que sur cinq rapports rédigés, signés et transmis par lui-même [Bonny];" n'évoque que la forme. En effet, Bonny n'a fait aucune recherche sérieuse. Son chef s'est satisfait de ce rapport médiocre, très insuffisant et complètement inacceptable pour une affaire criminelle. L'affaire des Cadillac et l'américain Charly ou Cherdy sont définitivement classés comme une affabulation de Seznec. La machine à broyer judiciaire se met en route car finalement un inspecteur de police stagiaire "s'est trompé de bonne foi".

Ce rapport accablant pour la justice a été sorti du dossier d'instruction à une période indéterminée. Denis Langlois et Denis Le Her Seznec m'ont confirmé ne pas connaître son existence.  

 


Extrait du rapport Bonny

(Je remercie la personne digne de confiance qui m'a fait parvenir ce rapport ainsi que d'autres documents inédits...)

Le rapport est dactylographié le dimanche 8 juillet 1923. Bien entendu, la date de l'enquête relatée est le 25 juin et non le 25 mai comme l'indique par erreur Bonny. Il s'agit d'une simple erreur de typo.

Qu'est ce que Bonny a découvert bien des années plus tard ? Qu'elle est cette certitude pour ainsi dire formelle ? A t-il suivi la trace de leon Turrou lors de son passage médiatisé à Paris en 1939 et a-t-il fait le rapprochement avec Charly ou Cherdy ? A t-il-découvert des informations sur l'affaire de Cadillac avec la Russie des Soviets ?

La seule erreur prouvée de Bonny dans l'enquête est qu'il n'a fait aucune recherche digne de ce nom pour retrouver l'Américain alors qu'il était en responsabilité. Il reconnait s'être trompé de bonne foi. Pourquoi son chef, le commissaire Vidal a-t-il couvert son subordonné ? Le mystère reste entier...pour l'instant.


Inspecteur Bonny

 

(copyright © 2022 monsieurBrocanteur, reproduction interdite)

 

mercredi 5 janvier 2022

La culpabilité de Guillaume Seznec repose sur le sophisme du fromage à trous

Toute la culpabilité de Guillaume Seznec repose sur des sophismes. Il s'agit de raisonnements qui ont l'air vraisemblables mais qui sont faux car basés sur une erreur de logique.

Il n'y a jamais eu de trafic de Cadillac. Guillaume Seznec a entraîné Pierre Quéméneur dans cette affaire pour le déposséder de sa propriété de Plourivo. Donc Guillaume Seznec a tué Pierre Quéméneur.

Il s'agit d'un sophisme basé sur un syllogisme paradoxal du type  emmental à trous :

Dans l'emmental, il y a des trous. Plus il y a d'emmental, plus il y a de trous. Plus il y a de trous, moins il y a d'emmental. Donc plus il y a d'emmental, moins il y a d'emmental.

Avec de tels sophismes, il est possible de prouver la culpabilité de tout le monde et de n'importe qui et même son contraire. 

Le régime Stalinien condamnait à mort sur des sophismes. C'est plus surprenant en ce qui concerne la justice française. 

Il est intéressant de revenir aux fondamentaux et de relire Shopenhauer, "l'art d'avoir toujours raison".

Bien entendu, plus personne aujourd'hui ne croit sérieusement en la culpabilité de Guillaume Seznec et surtout personne n'est capable d'en faire la démonstration. Michel Pierre s'y est cassé les dents, dans son ouvrage écrit en 2019, "L'impossible innocence". Il avait basé son argumentaire sur le sophisme du fromage à trous. Je ne suis pas sur qu'il maintiendrait sa position. Je pense qu'il reste aussi peut-être encore 1 ou 2 blogueurs perdus dans les tréfonds de  l'immensité de l'internet. Je me souviens qu'à l'époque, leurs arguments ressemblaient plutôt à un catalogue de stratagèmes sophistes dont l'ultime évoqué par Schopenhauer.


Shopenhauer

Schopenhauer, L'art d'avoir toujours raison

 

(copyright © 2022 monsieurBrocanteur, reproduction interdite)

 

lundi 3 janvier 2022

Y a-t-il eu une affaire de vente de cadillac à la Russie des Soviets en mai 1923 ?

 Y a-t-il eu une affaire de vente de cadillac à la Russie des Soviets en mai 1923 ?

Le seul problème vraiment sérieux pour comprendre toute l'affaire Seznec est de se poser cette question : Y a-t-il eu une affaire de vente de cadillac à la Russie des Soviets en mai 1923 ?

Si la réponse est non alors Seznec est coupable.

Si la réponse est oui, alors Seznec est innocent.

Le reste n'est que futilité. La réponse est qu'il existe des preuves nombreuses et irréfutables de l'existence d'une affaire de Cadillac en mai 1923. Ces preuves engendrent d'autres preuves qui au final expliquent la totalité de l'affaire Seznec. 

 

Dzerjinski et son chauffeur

 Dzerjinski et son chauffeur molov

(copyright © 2022 monsieurBrocanteur, reproduction interdite)

 

Une nouvelle demande de révision de l'affaire Seznec vue par le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti

Le moins que l'on puisse dire est que le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti n'est pas d'un enthousiasme débordant à l&#...