Selon mes informations, le documentaire de France 3 La fabrique de l'affaire Seznec sera de nouveau présenté au public de Rennes en janvier 2026. Il sera suivi d’une conférence « questions/réponses » avec le documentariste Pierre-François Lebrun et l’historien Michel Pierre.
Je vais essayer de ne pas être trop sévère envers ce documentaire. Les deux intervenants cités n'ont pas d'expertise particulière sur cette affaire complexe. Ils ont lu quelques ouvrages sur le sujet, sans approfondir davantage. Leur thèse est que Guillaume Seznec est coupable et que les demandes de révision n’étaient pas justifiées : il ne s’agirait que d’une manipulation de l’opinion, née d’une campagne de presse menée par l’extrême droite.
Pourquoi pas ? Sauf que, pour soutenir une telle thèse, encore faut-il avoir quelques billes et avoir consulté les archives et la documentation disponibles sur cette affaire.
Les sources de l’affaire Seznec se composent notamment de :
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Les archives du dossier d’instruction, environ 6 000 pages. J’ai pu consulter l’intégralité du dossier original, conservé aux Archives du Finistère à Quimper. Michel Pierre n’en connait l’existence que par ouï-dire.
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Les archives des dossiers d’enquête de police, plus de 1 500 pages. La seule personne à y avoir eu accès avant moi est le commissaire Camard, en 1955. Personne ne les a consultées depuis. Elles contiennent toutes sortes de notes et documents internes de la police : pistes envisagées, remarques, courriers échangés, pelures, télégrammes, lettres anonymes ou non. Ce dossier n’est pas en libre accès. J’ai pu y accéder. Inutile de préciser que Lebrun et Pierre n’en soupçonnent même pas l’existence.
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Les archives du ministère des Armées à Vincennes.
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Des milliers d’articles de la presse de l’époque, aujourd’hui facilement accessibles via Gallica ou RetroNews.
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Une centaine d’ouvrages et de reportages sur l’affaire Seznec, sur la police, la Sûreté générale, le contre-espionnage, ainsi que sur les relations franco-russes...
Concernant l’affaire des Cadillac, il faut comprendre le fonctionnement du régime soviétique au début des années 1920. Les sources incluent :
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Les archives du Commissariat au commerce extérieur de l’URSS.
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Les archives du Commissariat aux Affaires étrangères.
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Les archives déclassifiées de l’OGPU et de Dzerjinski.
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La presse Russe de l’époque et diverses revues spécialisées dans l’automobile.
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Les ouvrages consacrés aux services secrets soviétiques.
J’ai également consulté des sources américaines, notamment le monumental ouvrage de Bertrand Patenaude, "Big show in Bololand", les archives du FBI et de nombreux travaux universitaires.
Il me reste un dernier dossier à examiner. Il se trouve dans les anciennes archives du KGB. J’ai la preuve de l’existence de ces documents grâce à d’autres sources qui les mentionnent.
Ce que je peux affirmer aujourd’hui, c’est que l’affaire de Cadillac, telle que décrite par Guillaume Seznec, a bel et bien existé. Cette affaire nous conduit vers deux individus, lesquels nous mènent ensuite à un agent travaillant pour l’OGPU. Les services de contre-espionnage français suivaient de très près les activités des services bolcheviques. Le ministre de la Guerre, André Maginot (en fonction du 15 janvier 1922 au 14 juin 1924), était régulièrement tenu informé. Les investigations concernant l’OGPU avaient même été demandées par le président du Conseil, Raymond Poincaré.
Lorsque l’affaire Seznec éclate fin juin 1923, plusieurs personnes au sein du gouvernement ne peuvent ignorer le lien possible entre cette affaire tournée vers la Russie soviétique et les renseignements dont elles disposaient. Lorsqu’on étudie le dossier de la Sûreté générale, on constate que le commissaire Vidal envoie plusieurs inspecteurs sur les traces de fournisseurs potentiels de véhicules Cadillac ainsi que sur Charley. En réalité, Scherdin n’est pas le seul à être impliqué dans ces démarches.
Puis soudain, toutes les investigations cessent. La Sûreté générale n’entreprend plus aucune recherche. Il semble très probable que l’enquête ait été délibérément orientée uniquement vers Seznec. Pour faire simple, on lui a tout mis sur le dos et ceux qui savaient deviennent, pour ainsi dire, amnésiques.
Aujourd’hui comme hier, l’accusation de meurtre ne tient pas la route. Concernant la découverte de la machine à écrire et des faux documents, il faut admettre que la machination était possible et que la Sûreté générale, sans être nécessairement complice, aurait pu être trompée par une entité occulte. Mais pour quelles raisons Raymond Poincaré et André Maginot auraient-ils donné leur accord à un scénario aussi complexe et incertain ? D’autant plus qu’ils quittent leurs fonctions en juin 1924.
La rencontre entre le Charly et Quéméneur aurait-elle pu mal tourner au point d'éliminer le négociant pour le voler ou toute autre raison ? C'est envisageable surtout connaissant le pédigré de cette faune louche entre barbouzerie et délinquance mais il y a le témoignage de Petit-Guillaume.
J’ai retrouvé des informations transmises par l’agent russe — notes, rapports, télégrammes codés… — à sa hiérarchie à Moscou. Toutes ces informations figurent dans un dossier archivé à Moscou, dossier qui reste classé secret. Pour l'anectote, l'agent finira avec une balle dans la tête en 1938 lors des purges staliniennes pour activités contre-révolutionnaires.
La justice a étudié avec beaucoup de soin les diverses demandes de révision. Il transparait que la justice a toujours douté de la culpabilité de Seznec en ce qui concerne le meurtre de Quéméneur. C'est le fond du dossier. Selon moi, la justice ne demande qu'à annuler la décision de 1924 pour peu qu'on lui fournisse un dossier avec des faits incontestables.
Quant à Lebrun et Michel Pierre, leur thèse d’un complot d'extrême droite dans l’affaire Seznec est totalement extravagante et invraisemblable au regard des faits. Cette affaire n'a pas été crée par une campagne de presse mais parce qu'il existe un doute sur la culpabilité. Une personne très au fait de cette affaire me demandait si je pensais assister à cette projection. Je pourrais participer à ce genre d'exercice pour expliquer où nous en sommes de cette affaire qui est loin d'être terminée. Mais je n'assisterai pas à cette projection là qui est sans intérêt. J'ai déjà dit tout le mal que je pensais du travail de Michel Pierre. Il s'agit d'un condensé d'inexactitudes, d'opinions pour remplacer les faits, d'approximations, d'erreurs et surtout aucune source sérieuse pour valider ses trop nombreuses affirmations. C'est un travail d'apprenti historien.

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4 commentaires:
Bonjour,
C’est étonnant que Vidal n’ait pas creusé cette piste, puisque lui, il connaissait très bien l’affaire des stocks américains. Il y a une coupure de presse qui le fixe à Brest début 1920 comme enquêteur spécial sur le vol de plusieurs centaines de véhicules, principalement des Cadillac…
Dans vos recherches (le rapport Camard), avez-vous identifié les hommes qui ont enquêté sur Seznec en 1920, pour le supposer recel de voitures ?
Est-ce qu’il y aurait un ou plusieurs noms, brigade mobile ou Sûreté, parmi les enquêteurs, qui ressortent en 23 ??
Bonjour
Le commissaire Vidal avait une copie du rapport de police de l'inspecteur Dubois en date du 21 septembre 1920. Ce rapport concernait des recherches effectuées par les inspecteurs Florent et Ader. Seznec faisait du recel et maquillage de véhicules volés.
En 1923, les inspecteurs qui travaillent avec Vidal sont essentiellement Mathey, Bonny, Lacouloumère et Roch.
J'essaye d'avoir accès aux archives russes sur des recherches et filatures de la Sureté Générale concernant des trafiquants en lien avec la Russie. C'est probablement la clef de l'affaire Seznec.
Merci,
Logiquement, la mobile de Rennes aurait dû être sur l’affaire du recel de 1920, à cause du vol de voitures à Saint-Nazaire. (il n’y a rien aux archives de Rennes, qui ressort au nom de Seznec.)
Vidal était à la Sureté Générale à Paris. Comme il s'agissait de vols au préjudice du gouvernement US et ensuite du gouvernement Français, il est possible que l'enquête ait été confiée à Paris.
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