jeudi 1 octobre 2026

Nouvelle demande en révision de l'affaire Seznec


Jean-Yves et Gabriel Seznec



Un communiqué de l'AFP annonce que Denis Langlois, avocat honoraire, a déposé une demande en révision de l'affaire Seznec au nom des petits enfants de Guillaume Seznec, Jean-Yves et Gabriel :

Deux petits-fils de Guillaume Seznec, Jean-Yves et Gabriel Seznec, viennent de demander, par l’entremise de Me Denis Langlois, avocat honoraire, la révision du procès de leur grand-père condamné en novembre 1924 par la Cour d’Assises de Quimper aux travaux forcés à perpétuité, et donc au bagne de Guyane, pour le meurtre de son ami Pierre Quémeneur et pour faux en écriture.
Quatorze requêtes en révision ont à ce jour été déposées et rejetées. Cependant, la présente demande est totalement différente. Elle ne conteste pas la condamnation de Seznec pour faux en écriture, mais considère qu’il existe un doute important sur sa culpabilité dans le meurtre de Quémeneur. Un siècle après, en dépit de toutes les enquêtes et recherches, personne ne peut dire où, quand et comment Quémeneur est mort. On n’a pas retrouvé son 
Le doute doit profiter à l’accusé. C’est un principe essentiel dont les deux petits-fils et leur avocat demandent aujourd’hui l’application aux magistrats de la Cour de révision. Seznec a subi le doute qui condamne. Le moment n’est-il pas venu de le faire bénéficier du doute qui absout ? Le doute équitable qui permettrait d’apporter un dénouement satisfaisant à cette douloureuse affaire qui trouble les consciences depuis plus d’un siècle.

Il est en effet aujourd'hui très difficile de remettre en cause l'utilisation des faux documents par Guillaume Seznec. Plusieurs témoins l'ont vu acheter, au Havre, la machine à écrire qui a ensuite été retrouvée chez lui à Morlaix. De plus, Seznec a toujours soutenu que sa signature, figurant sur les faux, était authentique.

Concernant la fabrication des faux, je serais plus réservé. Les expertises graphologiques réalisées à l'époque sont davantage contestables. N'oublions pas que, dans l'affaire Dreyfus, Alphonse Bertillon avait formellement attribué le bordereau à Dreyfus sur les bases d'une analyse peu scientifique.

Le témoignage de Petit-Guillaume doit être pris au sérieux. Il n'entre pas en contradiction avec les faits établis. En revanche, hormis l'inventaire dressé par le commissaire-priseur de Morlaix, aucune pièce à conviction ne vient le confirmer.

Là où je suis plus réservé, c'est sur l'interprétation de l'incident entre Quéméneur et Marie-Jeanne Seznec, la mère de Petit-Guillaume, incident dont celui-ci n'a pas été témoin visuel. Il pense que sa mère aurait été victime d'une agression sexuelle et qu'elle se serait défendue. Or, il n'existe pas le moindre élément permettant de soupçonner Quéméneur d'un comportement de cet ordre. Cette hypothèse relève donc de la spéculation, et la justice risque d'avoir du mal à la retenir.

Cette demande de révision intervient au moment où je publie un nouveau livre sur l'affaire Seznec, fruit de sept années de recherche. Les deux événements sont indépendants et ne coïncident que par hasard.

Mes recherches m'ont conduit, ces dernières années, à travailler principalement dans des archives françaises et étrangères. J'ai notamment retrouvé un dossier secret du renseignement et du contre-espionnage français (SR/SCR), saisi par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, transféré ensuite en URSS, puis restitué à la France avec les « fonds de Moscou ».

Ce dossier comprend 536 pièces, datées pour l'essentiel de 1922 et 1923. Il concerne une importante affaire de contre-espionnage de l'époque, restée pratiquement inconnue jusqu'à aujourd'hui. Or, plusieurs personnes placées sous surveillance dans ces documents apparaissent également dans l'affaire Seznec.

Ces archives permettent notamment de documenter des acteurs et des faits que les enquêteurs chargés de la disparition de Pierre Quéméneur en 1923 n'étaient jamais parvenus à identifier ni à retrouver. Elles permettent également de confronter, un siècle plus tard, les informations dont disposaient différents services de l'État avec celles qui ont effectivement été versées à l'enquête judiciaire.

Mon livre, Affaire Seznec : L'énigme incompréhensible, prouve aujourd'hui qu'il y a bien eu une affaire de Cadillac à destination de la Russie soviétique, et que Pierre Quéméneur était effectivement en contact avec ce réseau. Il démontre également que des informations essentielles à l'enquête, connues du contre-espionnage et du gouvernement, n'ont pas été transmises à la justice. Le dossier d'instruction et de police montre par ailleurs qu'il y a eu de nombreuses occasions de découvrir la vérité. Toutes ont été systématiquement écartées. Il ne s'agit pas d'une simple coïncidence.



Aucun commentaire: