vendredi 13 février 2026

Un dossier classé secret-défense au cœur de l’énigme Seznec


Gregori Zinoviev


Un dossier d’origine gouvernementale éclaire d’un jour nouveau les activités d’organisations commerçant en France avec les Soviets au début des années 1920. Parmi elles figure une entité qui a monté, dès les premiers mois de 1923, une affaire de Cadillac.

Les 7 et 9 février 1923, cette entité fait paraître une annonce dans L’Auto. Or, le contenu de cette annonce correspond en tous points à l’affaire de Cadillac telle que la décrit Pierre Quémeneur et telle qu’elle est consignée dans le procès-verbal du fondé de pouvoir Saleun, en date du 28 juin 1923. Cette organisation est par ailleurs en lien direct avec la Russie des Soviets.

La concordance des éléments permet d’affirmer, avec une marge d’erreur infime, que Pierre Quémeneur a répondu à cette annonce. C’est par ce biais qu’il aurait été introduit dans l’affaire de Cadillac.

Le dossier s’étend sur plusieurs années, mais il contient des informations particulièrement précises datant de janvier 1923, au moment même où se mettent en place les prémices de l’affaire. Il pourrait renfermer des éléments décisifs, voire des pièces à conviction, susceptibles d’innocenter Guillaume Seznec du meurtre de Pierre Quémeneur.

Classé à un niveau équivalent à « Secret-Défense », ce dossier était inaccessible aux autorités judiciaires de l’époque. Ni la police ni la justice n’en avaient connaissance, et elles ne disposaient d’aucun moyen pour y accéder.

Les rares personnes susceptibles d’y avoir accès ne s’intéressaient pas à l’affaire Seznec. D’autant que ce volumineux ensemble — plusieurs centaines de documents — ne mentionne probablement jamais explicitement l’affaire elle-même. Seules quelques pages concernent une entité impliquée dans des trafics plus ou moins occultes avec la Russie soviétique et cela 5 mois avant que n'éclate au grand jour l'affaire Seznec.

Il faut également replacer ces faits dans leur contexte. En 1923, la Russie est exsangue. La population manque de tout. Mais ses dirigeants, eux, ne connaissent pas la pénurie : produits de luxe venus de Paris, de Londres ou de Berlin affluent vers les cercles du pouvoir. Ainsi, Grigori Zinoviev, président du Komintern, faisait acheminer à Moscou, via Reval en Estonie, des wagons entiers de marchandises de luxe destinées à son usage personnel et à celui des hauts responsables. Zinoviev payait cash avec des roubles-or puisés dans les réserves gouvernementales.

Felix Dzejinski s'inquiète de trafic d'automobiles et semble avoir le Komintern en ligne de mire :

n° 780
ORDRE À G. G. IAGODA
ENQUÊTER SUR L’ACHAT D’AUTOMOBILES À L’ÉTRANGER
24 mars [1923]
Au camarade Iagoda
Des voitures achetées à l’étranger circulent en ville. Ne serait-il pas possible d’enquêter : combien et par qui, combien cela nous a coûté et qui a donné l’autorisation de cet achat. J’estime que de telles affaires doivent être rapidement instruites pour transmission soit à la commission de contrôle, soit au tribunal. D’ailleurs, le Komintern possède aussi une voiture étrangère. Mirovitch s’en sert (d’après Marchlewski).
F. Dzerjinski 

Aujourd’hui, ce dossier — vraisemblablement déclassifié — se trouverait dans les archives de la Fédération de Russie. Il n’est pas référencé. Pourtant, tout porte à croire qu’il est conservé en un lieu précis que j’ai pu identifier. J’en poursuis actuellement la recherche afin d’en obtenir une copie numérique, qui sera publiée dans mon prochain ouvrage en préparation.


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