jeudi 19 août 2021

La face sombre du parcours chaotique du Lieutenant-Colonel Leon G. Turrou (1895-1986)

 Leon G.Turrou (1895-1986)


Après la consultation de nombreux documents d’archives, de livres, journaux, témoignages de personnes qui ont fréquenté Leon Turrou, il se dessine un portrait peu flatteur du personnage. Il apparaît comme menteur, affabulateur, falsificateur, affairiste, voleur et escroc. Son parcours chaotique d'aventurier à travers plusieurs continents (Russie, Chine, France, Pologne, Etats-Unis, Egypte...) et plusieurs évènements historiques majeurs expliquent peut-être cela. De peintre en bâtiment, il devient agent du FBI puis termine la seconde guerre mondiale avec le grade de Lieutenant-Colonel au sein du CID (Intelligence militaire). Il quitte l'armée en 1949 suite à des faits de corruption. Toute sa vie, il aura conservé le même cap qui est la navigation en eaux troubles.

 

1913


Arrive aux Etats-Unis en provenance d'Allemagne. Occupe divers petits boulots. Il devient peintre en bâtiment.


1916


Quitte les Etats-Unis en direction de la Chine en laissant quelques chèques sans provision derrière lui.


Ensuite, il s'engage probablement dans l'armée Russe blanche lors de la guerre civile.

1918


Indique avoir rejoint la Légion étrangère en France et avoir combattu pendant la première guerre. Il n’y a aucune trace, c’est même en contradiction avec ses déplacements en Russie et Chine.


Indique avoir reçu des médailles et décorations pour ses états de service. Après recherches, il s’agit d’affabulation


1919


Laisse sa femme enceinte avec 1 enfant d’un an en Chine et part s’installer aux Etats-Unis. Il indique ensuite avoir perdu le contact avec sa famille. Il pensait qu'ils avaient été massacrés par les rouges.

Arrive fin 1919 aux Etats-Unis via Le Havre en provenance de Shanghaï.


1920

 

Il mène une vie au jour-le-jour plutôt dissolue à New York. 

 

1921


Il s'engage dans les marines.

Affaire Viviani, Turrou prétend avoir déjoué un complot concernant l’ancien président du conseil René Viviani en déplacement à Washington. L’enquête de police ne permettra pas de confirmer cette version.


Nombreuses inexactitudes, fausses déclarations sous la foi du serment pour obtenir la nationalité US. Par exemple, dans la Déclaration d’intention, il indique ne pas être marié alors qu’il est bien marié depuis octobre 1917 avec 2 enfants.



1922-1923

 

Il part en octobre 1921 à Moscou pour occuper diverses fonctions au sein de l'ARA (American relief Administration).

Il est accusé par son employeur d’avoir fait sortir sans autorisation des objets d’un entrepôt dont il avait la responsabilité. Ces objets ne sont pas retrouvés.


Achat par chèque d’une montre en platine et de bijoux en diamants en Russie. Les diamants ont été certifiés. Après avoir quitté le pays, Turrou fait une fausse déclaration indiquant que le chèque a été volé et sa signature contrefaite. Lors d’une investigation faite par son employeur, il indique qu'il ne s'agissait pas de diamants mais des saphirs. Il n'apporte aucune preuve ou expertise permettant de prendre au sérieux ses allégations. Ensuite, il indique avoir retourné les bijoux, là encore, il est incapable de prouver ses dires. En tout cas, il est avéré que la montre et les bijoux n’ont jamais été retournés.


IOU Janicki (I Owe You) : fait une fausse reconnaissance de dette au nom d’un de ses anciens collègues dont il a subtilisé les cartes de visite.


Accusé d'un trafic de passeport, enquête du CID (Intelligence militaire)


Falsifie un document officiel en modifiant la date.


Affaire Seznec : Turrou est fortement suspecté d’être l’américain qui a monté cette affaire de Cadillac vers la Russie des Soviets et il aurait arnaqué Pierre Quéméneur et Guillaume Seznec. Parallèlement, à la même époque, il est accusé d’avoir détourné $ 6000 soit 100 000 FF et d'avoir dépensé l'argent à Monte-Carlo. 


Emprunte $ 400 à un ami mais ne rembourse pas.


1925

 

Monte un business d'import de champignons polonais lyophilisés "L&M Mushroom". Il part en Europe fin 1924. Il revient en février 1925. Turrou lui-même qualifiera cette expérience de "calamiteuse". Il écrit à Hoover indiquant qu'il est retourné en Russie pendant ce voyage.


1925-1928

 

Travaille comme vendeur dans un grand magasin, Macy's puis à la poste centrale de New York.

 

1929


Nombreuses fausses déclarations sur son CV pour des entretiens d’embauche. Finalement, il est recuté au FBI suite à l'élection d'Hoover et grâce à des lettres de recommandation.


1934

 

Participe à l'arrestation d'Hauptmann ayant kidnappé et tué le bébé Lindbergh.


1937


Bien qu’agent du FBI assermenté, il fait une fausse déclaration d’accident et tentative de fraude à l’assurance


1938

 

Procès des espions nazis

Divulgue des informations confidentielles sur une enquête en cours dans le but de vendre des révélations à un journal. Il est viré du FBI sans indemnité, ni droit à la retraite.

Nombreux mensonges concernant sa biographie délivrés sous serment devant le tribunal de New York.


1939

 

Sortie du film de la Warner sur les espions nazis tiré du livre de Leon Turrou, espions nazis aux Etats-Unis.

Sortie du film à Paris. Turrou se présente à la presse française comme  le chef du contre-espionnage américain. Faux attentat contre Turrou dans des conditions similaires à l’affaire Viviani. La sûreté Nationale ne trouve aucune trace du complot qui ressemble plutôt à une plaisanterie.


1945-1946

 

Selon un document du CID (Intelligence Militaire) en date du 5 juin 1946, Turrou est considéré comme incompétent, lâche et menteur pathologique. Dans le même document, il est fait état d'un versement de $ 11 000 pour obtenir un grade d'officier. Par ailleurs, Turrou n'est apprécié de personne.

 

1948

 

Il est officier en charge de faire des investigations auprès de la commission de liquidation des stocks de guerre en France. Il est impliqué dans des activités illégales.

 

1949

 

Quitte l'armée

Publie ses mémoires "Where my shadows falls". Le livre est traduit en français "J'étais un G. Man". Il s'agit essentiellement plus de l'auto-glorification qu'un témoignage historique.

Propage des thèses complotistes sur la survie d'Hitler. 


1951

 

Commission d'enquête parlementaire du Congres des Etats-Unis sur un trafic de véhicules et de pièces détachées lors de la liquidation des surplus de l'armée en 1947-1949. Le nom de Turrou est mentionné a de nombreuses reprises pour avoir reçu des pots de vin en lien avec les activités d'un homme d'affaires véreux. Ce dernier a obtenu un quasi monopole de l'achat de surplus américains en Europe portant sur des centaines de millions de dollars.

 

1954


Turrou est impliqué dans l’affaire Onassis et le versement de pots de vin à l’Arabie Saoudite. Il se livre à un trafic de documents compromettants.


A la même époque, lors d’une négociation pour l’achat de matériel de pipe-line, il se fait verser une commission occulte sans que son employeur, Getty Oil, ne soit informé. Le milliardaire, Jean-Paul Getty qui avait promis de lui verser 1 million de dollars à son décès, décide finalement de ne rien lui laisser.


1961

 

Turrou décore le futur président de la République, Georges Pompidou, de l'ordre de la croix de Malte.

 

1962

 

Il reçoit une décoration VFW commander in chief's silver award (Veteran of Foreign Wars). A cette occasion, lors de la conférence à Washington devant 500 officiels, les états de service de Turrou sont passés en revue. Etrangement, aucune mention n'est faite de ses supposés exploits ou décorations obtenus lors du premier conflit mondial.

 

Le directeur du FBI considèrera toute sa vie Turrou comme une personne non fiable. Il était très bien informé.


Bien entendu, cette liste est non exhaustive. Toutes ces informations viennent des archives du FBI, d'archives déclassifiées du CID, d'archives du département d'Etat, d'archives du fonds Hoover, de livres notamment sur J.P. Getty, de journaux d'époque...  

Vous pouvez retrouver plus de détails dans notre ouvrage  Affaire Seznec : Les archives du FBI ont parlé. Enquête exclusive de Bertrand Vilain.

 

 

Leon G Turrou

 

 
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